L’époque Préhistorique à Le Moyen-Âge | La Renaissance à La Révolution 
Le XIXe siècle et le début du XXe siècle | La seconde guerre mondiale à La fin du XXe siècle







Pont-Scorff, commune bretonne du Morbihan, se situe dans la vallée de la rivière du Scorff. Ce cours d’eau, long de 76 km, prend sa source dans les Côtes d’Armor à St-Auny et se jette dans l’Océan Atlantique à Lorient.

Autrefois Pont-Scorff se divisait en deux parties : le Bas Pont-Scorff sur les rives du Scorff et le Haut Pont-Scorff sur le vallon qui le borde. Aujourd’hui le Bas Pont-Scorff est rattaché à la commune voisine de Cléguer.

Pendant longtemps, le gué de Pont-Scorff était le seul endroit où la rivière pouvait être franchie. C’est la raison pour laquelle les Romains y établirent un pont, permettant ainsi aux villes de Nantes et de Brest d’être reliées par une voie romaine.
Pont-Scorff commença donc à se développer grâce à la construction de ce pont. De nombreuses industries liées à l’activité fluviale s’établirent dans la partie basse : meuneries, pêcheries, batelleries… et aussi les blanchisseuses.

Au fil des siècles, Pont-Scorff prit une place de plus en plus prépondérante et attira dès lors des notables qui préférèrent s’installer dans la partie haute. Le bourg deviendra aussi lieu de justice. Aujourd’hui encore, des bâtisses sont les témoins de ce passé.

imghistorique2 Après un essor urbain, les années 1980-1990 ont été marquées par une prise de conscience en faveur du patrimoine et par un développement au niveau culturel. La restauration du bâti ancien, la remise en valeur du patrimoine naturel et la protection du paysage végétal ont été accentuées par la création de lieux et de manifestations culturels.

Aujourd’hui Commune de Patrimoine Rural de Bretagne, Pont-Scorff se veut avant tout une ville d’Art et de Culture.

Témoin de ce passé prestigieux, une certaine Mademoiselle S. ULLIAC TREMADEURE qui, dans l’un de ses livres s’intitulant " Souvenirs d’une vieille femme " et datant de 1861, raconte son arrivée à Pont-Scorff dans les années 1815-1820 :

imghistorique3« … Le village de Pontscorff a sa petite célébrité : ses miches de pain de seigle sont renommées à près de vingt lieues à la ronde. Qui n’a pas goûté du pain de seigle de Pontscorff, ne sait ce que c’est que le véritable pain de seigle. De mon temps, le commerce de ce genre de produit était assez considérable ; on prétend que les eaux de la Scorff donnent au pain cette saveur particulière qui le fait rechercher des gourmets. La seconde industrie de ce village est le blanchiment du linge. Des bateaux de blanchisseuses descendent la Scorff jusqu’à Lorient, puis la remontent une fois la semaine.



C’est dans un de ces bateaux que ma mère vénérée et moi, nous prîmes place pour remonter la rivière jusqu’au village. Rien de plus sinueux, de plus pittoresque, de plus joli que les deux bords de cette rivière, qui a son embouchure dans la mer, au faubourg de Kérantré.

Nous débarquâmes au Bas-Pontscorff ; là habitent les boulangères et les blanchisseuses, qui représentent l’industrie du pays. Pendant que ma mère renouvelait connaissance avec quelques vieilles femmes qui l’appelaient, comme jadis, mademoiselle Rose, moi je contenais avec peine l’envie de rire que m’inspiraient les figures de quelques autres. Rien n’était, en effet, plus bouffon que de voir ces têtes de femmes sévères coiffées de classiques bonnets de coton, et la bouche armée de courtes pipes qu’elles fumaient gravement.

Ma bonne tante, mes bonnes cousines étaient venues au-devant de nous, et toutes ensemble nous montâmes vers le Haut-Pontscorff, où se trouvaient les seules maisons bourgeoises de ce petit coin de terre ignoré. On me fit tout d’abord remarquer la belle place triangulaire où, depuis des siècles, en dépit des remontrances des recteurs ou curés et de leurs vicaires, se dansent les braules et les gavottes les dimanches et les jours de fêtes, après les offices terminés… »

L’époque Préhistorique
 
La présence humaine est attestée sur la commune par quelques objets (dont une hache de pierre polie). Il semble qu'il s'agisse des seules traces reconnues aux temps préhistoriques.

L’époque Gauloise
 
Un tertre entouré d'un fossé, situé entre le Rocher des Corbeaux et le manoir de Pen Mané, pourrait être le vestige d'un oppidum ou d'un poste de surveillance dominant le confluent du Scorff et de deux ruisseaux sur l’autre rive.

L’époque Gallo-Romaine
 
Pont-Scorff et plus précisément le Bas Pont-Scorff, naît de la voie romaine allant de Nantes à Quimperlé. Elle franchit le Scorff sur un pont avant de remonter sur le plateau par un raidillon appelé plus tard le "Casse-Cou". Ce pont qui gardera le nom de "Pont Romain" (bien que reconstruit plus tard), ainsi que le raidillon formeront l'axe principal de Pont-Scorff jusqu'à la construction du "Pont-Neuf" en 1855.

Le Haut Moyen-Âge

 
En 469, la légende situe la naissance de Saint Aubin, évêque d'Angers, à Lesbin, dont le nom "Lès (Au)bin" signifie la "cour d'Aubin". Ce lieu restera le siège de la paroisse de Lesbin dont dépendra Pont-Scorff jusqu'en 1790.
Du VI° au XIII° siècle, le territoire de Pont-Scorff fait partie du "Kemenet Héboé", vaste seigneurie dont les limites vont de l'océan à l'Ellé et au Blavet.

Le Moyen-Âge
 
En 1160, les Templiers, auxquels succèderont au XIV° siècle les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, sont établis à Pont-Scorff où ils construisent une chapelle (la chapelle Saint-Jean) près du vieux pont et une maison : "l'Hôpital". Le village du Templo, de par son nom, garde la mémoire de leur présence.

Dans la rue Terrien (ancienne rue de l'Eglise) qui mène à Lesbin, est édifiée, à une date inconnue, une petite chapelle dédiée à Notre Dame de la Délivrance ou du Marais. Il en subsiste quelques maçonneries dans les constructions actuelles.

Le Bas Pont-Scorff connaît déjà une activité de batellerie, de meunerie et de pêcherie. Du vieux pont jusqu'à la place, la rue est jalonnée d'hôtelleries. Le Haut Pont-Scorff est lieu de justice. Les condamnés sont pendus sur la place, puis exposés aux fourches de juridiction établies sur la "montagne".

La Renaissance
 
Vers la fin du Moyen-Age et à l'aube de la Renaissance, la présence de divers manoirs est attestée au Boterff, à Guélingan, à Kermorvan, à Pen Mané, au Leslé et à Kerguélavant. La plupart seront détruits et reconstruits ultérieurement. Certains manoirs subsistent encore mais sont des propriétés privées.

Les témoignages du XVI° siècle sont particulièrement riches avec :

- la Maison des Princes de Rohan-Guémené, construite en 1510, sans doute siège de la sénéchaussée seigneuriale où la justice était rendue,

- une maison de la rue Théophile Guyomar (datée de 1564),

- le manoir de Lann-Hir,

- la chapelle Saint-Servais,

- la restauration de la chapelle Saint-Jean.

La fin de l’Ancien Régime

Aux XVII° et XVIII° siècles, la fonction judiciaire s'affirme au Haut Pont-Scorff, siège d'une vaste juridiction.

Nombre d'hommes de loi et de riches commerçants édifient leurs maisons autour de la place, certaines à pans de bois, d'autres en pierre. Ce sont ces hommes de loi, avocats, procureurs, sénéchaux, qui reconstruisent nombre de manoirs dans l'esprit classique. Le caractère comme l'ampleur des porteries qui subsistent, par exemple à Kermorvan et au Leslé, manifestent assez bien la puissance et l'aisance de leurs propriétaires. Des jardins aménagés, quelques vestiges demeurent, ainsi que quelques éléments de prestige comme le colombier du Leslé ou le puits monumental de Kermorvan.

Les trois édifices religieux construits à cette époque témoignent de trois types de nécessité :

  • L'église Saint-Aubin de Lesbin, probablement reconstruite en 1610 à la suite des guerres de la Ligue, est remaniée en 1747 parce qu'étant siège de la paroisse (qui comprend alors Gestel).

  • La chapelle Saint-Gildas de Kériaquel, chapelle de quartier, est construite pour éviter aux fidèles d'incessants déplacements vers l'église paroissiale.

  • La chapelle du Leslé, bénie en 1786, est un exemple de chapelle domestique, signe de prestige pour la famille seigneuriale. (La chapelle du Leslé est aujourd’hui une propriété privée).

  • A cette époque, l'agglomération de Pont-Scorff se compose de la rue de l'Eglise (rue Terrien), de la place et du Bas Pont-Scorff.

En dehors des activités agricoles, hôtelières et judiciaires, Pont-Scorff vit de la rivière :

  • Les moulins à blé et à tan jalonnent le Scorff.

  • La pêche au saumon se pratique au carrelet.

  • Les lavoirs sont nombreux et leur activité va en s'accroissant jusqu'au début du XX° siècle.

  • La navigation entre le Bas Pont-Scorff et Lorient est intense, car plus rapide et plus sûre que la voie terrestre. Un port existe un peu en amont de l'actuel château de Saint-Urchaut.
La Compagnie des Indes
 
En 1650, le maître-charpentier Jean Grasset installe un chantier naval au port de Saint-Urchaut. Il lance un vaisseau corsaire de deux ponts et de 20 mètres de quille. A partir de 1681, il y travaille pour la Compagnie des Indes. C'est la Compagnie qui édifie, en 1683, le manoir de Kerguélavant.

La Révolution
 
La prééminence du Haut Pont-Scorff, siège du pouvoir civil, s'affirme sur Lesbin, siège de la paroisse. En 1790, Pont-Scorff devient le centre légal de la Commune nouvellement créée. La petite métairie du Leslé et la chapelle Saint-Jean sont vendues comme biens nationaux. La majeure partie du château du Leslé est démolie en 1792.

Le XIXe siècle et le début du XXe siècle

L'essor des communications et de l'activité de production, et par suite l'augmentation de la population, vont marquer de manière définitive le visage de Pont-Scorff.

  • Le "Pont Neuf" est inauguré en 1855. Bien plus tard naîtra la rue du Général de Langle de Cary.

  • L'importante quantité de pierres provenant des ruines du château du Leslé va servir à la construction du Pont Neuf et aussi à celle des murs de la place lors de son aménagement.

  • Une mairie est édifiée dans l'axe de la place avec dans son prolongement une école de garçons. Une autre école est édifiée en face en 1898. En 1905, la construction d'une gendarmerie, route de Quimperlé, nous indique la perte d'importance de la rue de l'Eglise.

  • Le port de Saint-Urchaut connaît un regain d'activité avec le déboisement et l'acheminement des arbres jusqu'à Lorient. En amont, un quai d'embarquement et une cale de carénage sont aménagés au Bas Pont-Scorff.

  • Créé en 1899, le chemin de fer d'intérêt local du Morbihan relie Lorient à Gourin. Construite en 1900, la gare de Pont-Scorff accueille les Lorientais pour leurs promenades dominicales. Sur le parcours très prisé conduisant au Moulin du Leslé, le Moulin des Princes est transformé en hôtellerie.

  • Pendant tout le XIX° siècle, les nombreux moulins à roue de Pont-Scorff connaissent une prospérité considérable. L'apparition des minoteries à cylindre, comme celle de Keruisseau, y met un terme vers la fin du siècle.

  • Vers 1860, la qualité de l'eau et le débouché du marché lorientais permettent l'installation de deux brasseries, l'une au moulin de Saint-Yves et l'autre à proximité du Vieux Pont. Cette dernière sera détruite par un incendie en 1925, causant la ruine de la chapelle Saint-Jean.

  • A ce chef-lieu de canton en plein développement, il faut une nouvelle église. De style néogothique, elle est édifiée de 1892 à 1896 sur la place du Haut Pont-Scorff. Le clocher ne sera jamais élevé. La chapelle Notre-Dame du Marais est détruite en 1900.

  • En 1925, la mairie s'installe dans l'ancienne Maison des Princes, propriété de la commune depuis 1920.

  • Dans les années de l'entre-deux-guerres, l'agglomération se développe vers le Nord-Ouest à partir de la place de Tréano (carrefour des routes de Lorient - Arzano et Hennebont - Quimperlé).

  • Les foires de Pont-Scorff, notamment la foire aux chevaux, sont très renommées. Elles se tiennent sur la place et dans les rues adjacentes.

  • Avec le développement routier, la voie fluviale régresse. Le Scorff est déclaré non navigable en 1929.


La seconde guerre mondiale
 
La proximité de Lorient va impliquer pour Pont-Scorff une forte présence militaire. L'église de Pont-Scorff ne disposant pas de clocher, il n'est pas possible d'y établir d'observatoire et donc inutile de la prendre pour cible. Ce n'est pas le cas du clocher de Lesbin qui est détruit lors des combats de la "poche de Lorient". Le "menhir" de Keruisseau rappelle le combat qui opposa en mai 1945 les troupes d'occupation aux troupes alliées et FFI.

La fin du XXe siècle
 
En 1948, le chemin de fer cesse de fonctionner. La place du Tréano devient un vaste carrefour de type routier. L'urbanisation du Haut Pont-Scorff se poursuit avec la création de lotissements. La transformation radicale des méthodes de production agricole transforme le paysage et les hameaux.

Dans les années 1980 - 1990, se développe une prise de conscience en faveur du patrimoine. C'est le point de départ des restaurations du bâti ancien, de la remise en valeur du patrimoine naturel, de la protection du paysage végétal...

L’histoire de Pont-Scorff possède de nombreuses incertitudes dues à une carence d’études approfondies sur le terrain et par la faible quantité d’archives disponibles de nos jours.

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